Le journal Libération a publié dans son édition de mercredi une tribune d´Henri Pena- Ruiz (philosophe, écrivain, professeur, ancien membre de la commission Stasi) que je juge fort intéressante. Je partage complètement son point de vue et ma colère reste intacte face aux décisions prises par ce gouvernement qui, quand il ne gouverne pas à vue, choque par ses choix iniques (logement social, RSA au rabais, carte de réduction famille nombreuse, franchises médicales, suppression de 11200 postes dans l´Education nationale, bouclier fiscal, etc.). Si les classes populaires ont voté massivement pour Sarkozy aux présidentielles sur des promesses pleines d´espoir telles que le pouvoir d´achat, la désillusion est telle que cette politique libérale permettra inéluctablement de réconcilier le milieu ouvrier avec la gauche, à condition que son discours soit rénové et adapté aux préoccupations contemporaines des Français. Je crains néanmoins que la mauvaise foi et les mensonges récurrents de l´UMP (le rapatriement soi-disant gratuit des membres de l´Arche de Zoé, les promessses non tenues de l´aciérie Grandrange, etc.) détournent les électeurs des urnes lors des régionales et des européennes, ou les incitent à voter Front national, qui fort heureusement se porte bien mal en ce moment...
La tribune partielle d´Henri Pena-Ruiz :
Le gouvernement projette de créer un fonds spécial pour subventionner la création d’une cinquantaine de classes d’enseignement privé dans les cités en
septembre 2008, dans le cadre du plan espoir banlieues annoncé par Nicolas Sarkozy, le 8 février. Le secrétaire général de l’enseignement catholique, Eric de Labarre,
se frotte les mains. Dans le même temps, plus de 11 000 postes d’enseignants vont être supprimés dans l’enseignement public.
Faut-il également préciser que le rapport de la commission Stasi rappelait l’Etat à ses devoirs en lui demandant de créer des écoles publiques dans les communes qui en sont dépourvues ? Là est la priorité véritable de l’argent public. L’argent payé par des contribuables athées ou agnostiques va donc servir à diffuser la foi, au lieu d’être consacré à la qualité de l’instruction et de l’éducation publiques. Il est vrai que le Président a osé dire que le curé ou le pasteur font mieux que l’instituteur, déconsidérant au passage ceux dont son ministre assure pourtant qu’il faut les entourer de respect.
C’est une nouvelle provocation. M. Sarkozy déclarait que la République a besoin de croyants. Il passe à l’acte, en aidant financièrement la religion, tout en dépouillant les services publics des moyens nécessaires à leur bon fonctionnement. Discrimination manifeste : l’intérêt général est sacrifié sur l’autel du particulier. Après la création des franchises médicales, la fragilisation du service public de l’audiovisuel, c’est le tour de l’école. Avec, en soubassement, une idéologie thatchérienne : mettre à mal ce qui est d’intérêt général par la privatisation et privilégier l’intérêt particulier. La santé, la culture et l’instruction publique subissent de plein fouet cette politique. On a bien, là, trois provocations emblématiques qui bafouent simultanément la justice sociale et la laïcité.
En somme, l’Etat est trop pauvre pour ces biens qui sont de tous, croyants et athées réunis, mais se découvre assez riche pour subventionner une religion instrumentalisée, implicitement appelée à prendre en charge, sur le mode de la charité, ce que la République assumait sur le mode de la solidarité. Il est ainsi porté atteinte à la fois à la religion et à la République.
La première est réduite à un opium du peuple au lieu d’être tenue pour une option spirituelle respectable, qui n’engage que les croyants. La seconde est amputée du rôle social qui donne chair et vie aux libertés politiques. Quant au mouvement laïque, il est en mesure, désormais, de méditer sur le triste résultat de l’«accommodement raisonnable» qui conduisit à mettre en veilleuse le principe selon lequel «l’argent public doit aller à l’école publique».
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