Mardi 29 avril 2008

Jeudi dernier, je suis allé voir Mon vieux Vilbure mis en scène par Yves Chevalier au Théâtre 95, scène conventionnée dédiée aux écritures contemporaines à Cergy-Pontoise dans le Val d’Oise (95). A la sortie de la station RER Cergy Préfecture, de nombreux jeunes d’origine africaine traînent aux alentours en attendant je ne sais quoi, je ne sais qui. 500 mètres plus loin, derrière la préfecture, le théâtre ; de nombreux quinquagénaires d’origine française traînent dans le hall en attendant l’ouverture des portes… Impossible alors de ne pas penser à la démocratisation culturelle qui se solde ici sans équivoque par un échec cuisant. Impossible de ne pas penser à la chute libre des subventions pour l’action culturelle qui ne favorisera pas le retour d’un public populaire et métissé dans les théâtres. Impossible de ne pas penser à l’absence de remaniement du ministère de la culture après les municipales, signe que la rue de Valois importe peu. Sa locataire Christine Albanel assistait hier soir à la Cérémonie des Molières qui a célébré généreusement le théâtre privé. 17 Molières attribués contre 5 pour le secteur subventionné. Retransmise en direct sur France 2, la soirée s’est voulue surtout consensuelle cherchant à donner une image gaie et décomplexée du théâtre pour séduire les téléspectateurs et et enrayer une baisse de fréquentation des théâtres, pouvoir d’achat en berne oblige ; exit les créations intello et l’adage « le théâtre, c’est pas pour nous », le ton était donné dès l’ouverture avec une chanson du Roi Lion. Fortement récompensé, Le Roi Lion apparaît bel et bien comme le symbole sans conteste d’une culture américanisée en raccord parfait avec une posture politique nouvellement atlantiste. Et tant pis pour Jean Vilar et Antoine Vitez !

par Olivier FRANCHETEAU publié dans : spectacle vivant communauté : Les blogs socialistes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 28 décembre 2007

Par respect pour leur public, les spectacles jeune public requièrent tout autant une ambition et une exigence artistiques.
Plébiscités par certains et méprisés par d’autres, les spectacles jeune public assument de nombreux objectifs :
 
- offrir un beau et fort moment de théâtre en faisant acte de résistance face à la logorrhée télévisuelle affichant un monde violent, manichéen et formaté, 
- proposer un commencement de culture théâtrale (découverte du travail des compagnies et des différents genres artistiques), 
- créer une habitude culturelle : on ne naît pas spectateur, on le devient, 
- permettre aux familles d’échanger à travers une proposition artistique et aiguiser ainsi l’esprit critique, - s’émerveiller, vivre des émotions collectivement, 
- développer l’imaginaire, 
- participer à la construction identitaire de l’enfant et à la réflexion sur soi, sur les autres et sur la perception du monde dans lequel on vit.  

En termes de représentation, le théâtre jeune public n’est pas vécu comme « ennuyeux », intello, « ce n’est pas pour nous »… mais il demande une démarche plus consciente que d’allumer la télé, car il faut se renseigner, réserver sa place, s’organiser pour cette sortie et ceci en raison du fait que  toute démarche cultivée est déjà un acte cultivé qui impose la possession de codes propres à sa mise en œuvre.

En outre, il est difficile de s’acclimater au théâtre pour les premières fois tant l’image télévisuelle change toutes les 2 ou 3 secondes. Le temps théâtral est un temps effectivement dilaté et peut créer un choc qui naît de l’impression d’un manque de diversité et de variété. Le traitement même de la langue peut surprendre. Sur scène, l’articulation est différente, y compris dans un registre contemporain. Sans créer directement de l’ennui, tous ces facteurs peuvent dérouter et faire que le jeune spectateur n’entre pas immédiatement dans le spectacle. Au cinéma, à la télévision, en revanche, le temps est segmenté : le montage organise les images pour nous en ayant soin de créer une variété qui capte notre attention. Au théâtre, nous orientons notre regard librement vers ce qui nous intéresse.Déstabilisant, le spectacle peut paraître dès lors ennuyeux. Car le théâtre est fait d’enchaînement de temps forts et faibles. Une certaine forme d’ennui peut en effet émerger de ces temps faibles, moins chargés d’effets, mais c’est un mouvement de repli nécessaire pour digérer ce qui a été perçu et ressenti. De cet équilibre entre ces temps, naît pour une très grande partie la réussite d’une représentation.
 

Deux types de compagnies coexistent dans le jeune public :
- Les compagnies qui tournent beaucoup dans les écoles, les centres de loisirs proposant des spectacles interactifs, ou des shows formatés tant au niveau du fond que de la forme. L’argument imparable de vente de ces spectacles par les chargés de diffusion : « les enfants adorent » mais faut-il leur rappeler que enfants aiment aussi toutes les niaiseries des programmes télévisuels.
- Les compagnies qui tournent dans les théâtres témoignant d’une véritable exigence artistique à partir d’une écriture contemporaine ou d’un texte classique transposé dans une forme originale et personnelle.

Fidèle à ses missions et valeurs de l’Education populaire, la Maison des Jeunes et de la Culture de Persan offre depuis quelques années une programmation ambitieuse et exigeante et le public ne s’y trompe pas. Le prochain spectacle, La jeune fille aux mains d’argent de la compagnie du Théâtre de l’Acacia raconte une histoire collectée par les frères Grimm (l’itinéraire d’une jeune fille vendue au diable par son propre père). Le spectacle se déroule dans un dispositif circulaire rappelant le symbole du cercle protecteur, celui-là même qui empêche le diable de se saisir de la jeune fille. A l’intérieur de cet espace convivial, les jeunes spectateurs installés au centre même de la fable assistent attentivement à cette proposition originale de théâtre d’habits (les personnages sont identifiés par des cintres avec des vêtements).

A voir à la MJC de Persan (95), le samedi 5 janvier.


par OLIVIER FRANCHETEAU publié dans : spectacle vivant communauté : Vie associative
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 28 novembre 2007
VALISES-1-1-.JPGLe Clastic Théâtre développe, depuis 1984, sous la direction de François Lazaro, un travail de création théâtrale autour de pantins, de mannequins, de marionnettes, d’objets et matériaux animés.

Théâtre poétique à la fois de corps vivants et de corps inertes, mais également théâtre de la réanimation du sens par l’animation d’instruments théâtraux et d’objets à qui l’on délègue le pouvoir d’être au service du personnage et de parler pour lui.

En 2005, Le Clastic théâtre fait appel à l’écriture de Rémi Checchetto pour Valises, un spectacle sur le voyage, l’exil, l’immigration. L’auteur écrit en puisant dans ses souvenirs, en interviewant des gens, en inventant. Toujours avec le souci de mettre dans chacune des valises des questions, des évidences alors que l’on prépare le grand départ pour un nouveau pays, une nouvelle vie. Le sujet est grave. Cependant l’utilisation de la marionnette offre une distance et fait jaillir le comique. Quoique… L’impact du spectacle s’est intensifié depuis sa création. Aujourd’hui, la politique xénophobe de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux altère fortement la réception du spectacle pour lui conférer un sentiment de malaise et de honte face à la manière dont on traite les étrangers pour les expédier manu militari hors de nos frontières.
Programmé en novembre à la MJC de Persan (95), le public a néanmoins plébiscité ce beau spectacle.
Infos +
www.mjcpersan.fr

par OLIVIER FRANCHETEAU publié dans : spectacle vivant communauté : Vie associative
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
 
 
Blog : Religions sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus